Achetez sur iTunes CD et vinyle Achetez sur Amazon Téléchargement Copie physique
PRESSE

“Une Ontarienne fière de ses racines
Par: Nicolas Houle

Sarah Slean est une fière Canadienne. La talentueuse Torontoise incarne d’ailleurs les idéaux d’ouverture et de bilinguisme du pays: rarement le français et l’anglais ont-ils fusionné dans une entrevue comme dans celle qu’elle nous a accordée.

C’est justement parce qu’elle croit aux idées maîtresses du Canada qu’elle a refusé la médaille ornée d’une image de la reine que devait lui remettre le gouvernement pour son engagement communautaire en Ontario.

«On peut ne pas s’être aimés au fil des ans, mais les Anglais, les Français et les Autochtones ont tous oeuvré ensemble pour construire le Canada et si on n’honore pas les traités et la Constitution, il n’y a plus de Canada. Ça ne veut plus rien dire et je sens que c’est ce que les conservateurs sont en train de faire. Ça me choque, car j’aime ce que le Canada tente d’être: l’esprit de la négociation, de démocratie et de partenariat», fait valoir celle qui a publiquement affiché son soutien au mouvement Idle No More.

Quand on lui rappelle que le premier ministre Stephen Harper a préféré rencontrer les gagnants d’Occupation double plutôt que la chef de la nation Attawapiskat, Theresa Spence, qui menait une grève de la faim dans l’espoir de pouvoir s’adresser à lui, Sarah Slean s’insurge: «Honnêtement, c’est dégueulasse. C’est le pire, je ne peux pas croire ça!»

Album en deux temps

Si elle a pu mettre le mouvement Idle No More davantage en lumière, Sarah Slean soutient que ce n’était pas son but premier, soulignant qu’elle n’est pas Kim Kardashian. La décision était plutôt personnelle.

C’est par sa musique qu’elle s’exprime en premier lieu et pour sa nouvelle tournée (elle s’arrêtera à Ottawa demain soir), la chanteuse et pianiste a décidé de transcrire s’est donné les moyens pour rendre justice aux pièces de Land & Sea, son récent album double. Alors que la portion Land est davantage folk et pop, la moitié Sea est nuancée, enrichie d’un orchestre. Elle est donc partie en tournée accompagnée d’un ensemble à cordes, d’une choriste et d’un batteur.

«Sea, c’est pour 21 musiciens, commente-t-elle. Quand j’ai fait l’album, je me suis dit: ‘comment je peux le faire en show?’ Mais je crois que si on fait d’abord les choses, on peut toujours trouver un chemin.»

Celle qui signe aussi des toiles, des recueils de poésie et qui est comédienne à ses heures a même organisé sa série de concerts de façon à ce qu’elle puisse, dans les grandes salles, accueillir un grand orchestre. Outre le Canada, la tournée internationale de Sarah Slean a notamment transité par l’Irlande, l’Écosse et la Hollande. Quand nous lui avons parlé, la Torontoise était en France, un pays où elle a séjourné sept mois en 2006. Elle a choisi d’y passer un peu de temps à nouveau, s’y louant un appartement avant de reprendre la direction du pays. Une des raisons, hormis des engagements?

L’exil stimule son inspiration et lui permet de joindre l’utile à l’agréable.

«Quand je suis loin de mon quartier, de ma culture, je peux écrire facilement. […] J’ai loué l’appartement d’un musicien par hasard et il a un petit piano. C’est petit, c’est charmant, c’est le cinquième étage, alors les voisins ne sont pas ennuyés si je joue. Sur la route, c’est plus difficile, mais juste en changeant la routine, les mélodies me viennent en tête. Je remplis donc mon iPhone avec des mélodies tandis que je suis sur la route…»

Sous les projecteurs

Ceux qui ont eu la chance de voir Sarah Slean sur les planches le savent: la musicienne de 35 ans insuffle quelque chose de particulier à ses chansons lors de ses performances.

Elle a en effet le don de les amener ailleurs et de les faire évoluer au-delà de ce qui est gravé sur disque. Ce sera sans doute encore le cas, samedi prochain.

«Vous devez avoir un album pour partir en tournée, alors vous devez faire l’album d’abord; mais c’est en tournée que vous découvrez ce que la chanson peut vraiment être et ce qu’elle veut devenir. Et donc, ça change et ça évolue. Quand vous enregistrez, vous devez être fidèle à l’instant, et après, l’évolution se poursuit. J’ai accepté depuis quelque temps que l’enregistrement était une cho se et que les spectacles étaient une autre chose.»

POUR Y ALLER

Où ? Théâtre Centrepointe

Quand ? Le 1er février, 20 h

Renseignements ? 613-580-2700, www.centrepointetheatre.ca”

La Presse
Février 05 2013

“Je voudrais voir la mer
Par: Dominic Tardif

Sarah Slean plonge en compagnie d’un orchestre à cordes dans les eaux existentielles de Sea. Échange avec une artiste pour qui la musique est une entreprise spirituelle.
Faire paraître un album double à une époque où vendre des disques simples tient déjà de la mission impossible requiert de son auteur un minimum de chien. Chien dont ne manque certainement pas Sarah Slean. Ce qui ne veut pas dire que la vétérane auteure-compositrice canadienne a nécessairement conçu Land & Sea (2011) comme un doigt d’honneur adressé à l’industrie de la musique. Jointe par courriel alors qu’elle parcourait l’Europe, la musicienne évoque des considérations plus mystiques que matérielles. «Les chansons qui me parviennent ont leur volonté propre. Beethoven a déjà dit à un violoniste qui se plaignait du niveau de complexité d’un de ses quatuors à cordes: “Est-ce que tu crois que je me soucie de ton damné violon quand les muses me rendent visite?” Je ne pourrais être plus d’accord.»
Les bienveillantes muses auront ainsi instillé dans l’esprit de Slean Land, un album aux sonorités classiquement pop-rock et aux considérations plus prosaïques (le petit prince de la powerpop canadienne Joel Plaskett en a assuré la réalisation), ainsi qu’un deuxième album, Sea, d’une teneur nettement plus spirituelle, reposant presque exclusivement sur un piano, des cordes et la voix élégiaque de madame. C’est d’ailleurs les chansons de Sea, et leurs cousines parues sur ses précédents disques, que la pianiste interprète lors de sa tournée actuelle en compagnie de sept musiciens, dont un quintette à cordes. «Pour moi, être une artiste est une entreprise spirituelle. Je crois qu’il y a deux sortes de musique, celle qui distrait simplement de la réalité, qui apaise à la rigueur, et celle qui te plonge encore plus profondément dans l’existence, qui te permet d’en éprouver la puissance en te submergeant. C’est celle-ci que je préfère. Je crois que c’est le rôle d’un artiste que d’attirer notre attention sur la splendeur de la vie, sur cette éclatante, angoissante et miraculeuse histoire, la nôtre, qui se déploie constamment. Les cordes sur l’album incarnent pour moi la mer [the sea], et la mer est le symbole parfait de ce vaste et incommensurable mystère dont nous faisons tous partie.»
Sarah Slean travaille ainsi derrière son piano à embrasser dans toute sa douloureuse et fascinante complexité l’expérience humaine, elle qui regarde la mort droit dans les yeux pendant Everything by the Gallon, confession d’une femme ayant choisi d’arracher le maximum au temps qui lui est dévolu. «Contempler l’inévitable fin de la vie est un exercice nécessaire pour moi. Refuser d’admettre notre propre dissolution, c’est renoncer à goûter à la douceur de l’existence, renoncer à l’étonnement total et constant d’être en vie. Je pense à la mort de manière abstraite très souvent, au fait que toutes les expériences subjectives dans lesquelles je suis constamment immergée – le flot de mes pensées, les émotions, les sensations – vont un jour cesser. Ne trouves-tu pas que cette conscience inonde le moment présent d’une certaine lumière?» Presque autant que ta musique, Sarah.”

Voir.ca
Janvier 31 2013

“La carrière de Sarah Slean n’a jamais suivi les chemins de la facilité. Beaucoup de ses albums précédents, Night Bugs en 2002 ou The Baroness en 2010, montre qu’elle a toujours été une artiste en décalage par rapport aux dictats d-es genres et de la scène musicale. Elle le monte encore mieux aujourd’hui avec un majesteux et conceptuel double album alors que l’heure est plutôt à l’économie du côté du music business et d’un repli sur soi rassurant chez maints de ses collègues.

Land & Sea est délicat à catégoriser. Ce pourrait être deux albums, un double album, un « concept album » voire un double « concept album »…

Ou un chef d’oeuvre (Rires). Je le vois comme une seule œuvre. Quand j’ai commencé à composer, je me suis aperçu que les morceaux gravitaient autour de deux pôles. Ils avaient chacun des sensibilités très contrastées et j’ai souhaité que cet élan de créativité puisse s’épanouir. Ce faisant, j’ai très vite vu qu’il me serait impossible de mettre tout cela sur un seul album et que ces deux univers devaient être dissociés. Ainsi, en l’écoutant chacun pouvait choisir dans lequel il souhaitait entrer. Je crois que si j’avais mélangé des tires de Sea avec d’autres de Land, il y aurait un un décalage.

Quand vous parlez de deux univers, voulez-vous dire uniquement en terme de son ?

Ça englobait aussi les textes.C’est pour cette raison que la pochette double a été créée pour qu’elle évoque deux températures différents. Land est très physique, organique, chaud. Sea est intérieur, sombre et plus spirituel selon moi, il a ne concerne pas des choses spécifiques mais des questions plus larges, voire même éternelles.

Land démarre sur « Life » et englobe ces deux éléments que sont l’eau et le feu.

Tout à fait, mais l’image que j’en fais est qu’ils se mélangent l’un dans l’autre. La glace de nos souvenirs est fondu dans la chaleur que représente la Vie. C’était ma façon de planter le décor de Land. La chaleur représente lumière, énergie. J’adore ce poème de Dylan Thomas qui y fait référence en parlant d’une force qui fait pousser les fleurs. Je crois que la Terre (land) représente cette chose spectaculaire qu’on nomme la Vie. Cette vie organique est vouée à se perpétuer et je dirais que la Mer (sea) représente ces phénomènes plus grand que nous qui englobent toute Vie. Notre expérience de la vie fait de nous des êtres humains séparés, individuels mais, d’instinct, nous comprenons également que nous faisons partie d’un seul phénomène.

Le titre qui suit, « The Day We Saved The World », voulait-il signifier u’il y avait un fil thématique avec « Life » ?

Certainement et j’adore les questions comme ça !C’est le rêve d’un artiste qu’on l’on fasse attention à ce type de choses. Il y a une narration qui parcourt le disque et elle est là si vous voulez la trouver. Je comprends qu’on puisse me dire qu’on aime bien tel ou tel titre, qu’on en reste à un niveau de plaisir, mais si vous décidez d’investiguer vous trouverez bien plus de strates. C’est comme un roman en quelque sorte quand si vous souhaitez y trouver plusieurs sens…

Les personnages dont vous parlez, Napoléon par exemple, sont avant tout des stéréotypes en fait ; on pleure un tyran mais un autre va apparaître.

Exactement.

Ce qui est curieux est que vous parlez de sauver le monde, qu’un de vos titres s’appelle « Society Song » mais que la tyrannie aura toujours sa place.

La tyrannie est une chose naturelle. Il y a une phrase de la Bible qui dit qu’elle sera éternellement parmi nous. Je crois que si notre vie est celle d’êtres séparés, c’est pour être les témoins de ce qui ne va pas dans le monde et de se sentir investis du désir de l’améliorer. En même temps, l’Histoire de la Vie a toujours été construite de cette manière : quand nous faisons des progrès, d’autre problèmes surgissent. C’est donc un cycle sans fin selon moi ; la tête du serpent qui repousse dès que vous l’avez tranchée. Je crois qu’avec l’âge, j’essaie de me sentir en paix avec tout cela. Quand j’étais dans mes années 20, la tyrannie me mettait en rage, me déprimait et j’étais dans un désir maladif de tout chambouler. Aujourd’hui je me dis que cela fait partie du Grand Dessein et c’est ainsi que je parviens à trouver une espèce de paix en moi.

Dans la façon dont vous contemplez le « spectacle du monde », diriez-vous qu’il y a un élément d’ironie par rapport au narcissisme sur « Everybody’s on TV » ? Warhol parlait de nos « quinze minutes de gloire »…

Aujourd’hui ça n’est plus quinze mais juste une minute ! (Rires) C’est tout à fait exact, oui. Ça reste intégré dans le concept qui préside à Land. Une expérience spécifique à un moment donné, et les détails de cette expérience. C’est pour cela que, sur Sea, j’essaie d’allais au-delà de la frivolité de ce quotidien.

Le symbolisme est très chargé sur Sea, est-ce une chose à laquelle vous prêtez attention ?

L’eau est, en effet, un principe fondamental. J’ai vécu dans un monastère bouddhiste une dizaine de jours. Je me souviens avoir écouté ce moine qui faisait des interventions chaque jour et il parlait de l’océan. Il disait que c’était ce qui englobait tout. Il disait que les vagues qui étaient à sa surface représentaient nos consciences individuelles et qu’elles seraient toutes débordées par son immensité. Elles se sentiraient alors concernées par ces autres vagues, ou intimidées ou même en compétition avec elles. Elles se leurreraient en se focalisant sur ces émotions primaires et ne réaliseraient pas qu’elles passaient à côté du fait que ce sont toutes ces vagues qui constituent l’océan et qu’elles faisaient partie du Tout. Cette analogie ne m’a jamais quittée ; elle est très simple, presque enfantine mais elle est parlante. J’ai le sentiment que nous sommes emprisonnés à l’intérieur de notre propre individualité mais que nous sentons que nous sommes semblables aux autres et que nous ne pouvons pas ne pas être déconnectés d’eux. Il y a ce philosophe français, Emmanuel Lévinas…

Il a une théorie sur le visage…

Absolument. Et il parle de comment celui-ci nous sommes attirés par le visage car c’est là qu’il puise ses souvenirs. Et je pense que ces souvenirs sont la compréhension d’une unité qui préexistait et c’est à celle-ci que je m’adresse dans Sea.

Souvent l’eau est symbole d’apaisement ou de fécondité. Pourtant dans cet album vous évoquez Napoléon et vous avez des titres plus pernicieux comme « Attention Archers » ou « The Devil & The Dove » qui évoque le Feu et l’Air… Il y a quelque chose de cosmologique, non ?

Oui c’est vrai que je veux tous les intégrer. Je pense néanmoins que l’eau est l’élément fondamental qui a permis à la vie organique de se développer en conscience humaine. Nous sommes les témoins de cette chose étrange et si j’ai choisi l’eau c’est parce que c’est la genèse de la vie. Ça n’est pas pour rien que nous faisons une analogie avec la matrice.

Sur Land, il y a ce titre très enlevé, « Set It Free » et vous vous référez à la mer. Vous évoquez tous les soucis possibles et vous dites que vous les ferez disparaître en les jetant à la mer. C’est presque un avant-goût ou une anticipation de ce qui constituera Sea,

Absolument ! Bravo, Monsieur. (Rires)

Thématiquement il y a des passerelles entre Sea et Land, aussi comment avez-vous « su » dans quel album iraient tels ou tels morceaux ?

Il y a avait le son, bien sûr mais il y avait également la perspective dans laquelle je me situais au niveau des textes. C’était comme si il y avait deux personnalités : quand j’écrivais un titre qui allait finalement aboutir sur Sea, c’était comme si il s’agissait d’un point de vue différent. Un autre narrateur ayant une connaissance plus profonde ou quelqu’un issu d’un endroit à l’intérieur de moi. C’était comme un arôme, quelque chose d’aussi distinct que le sucré l’est du salé.

Ensuite est venue la césure sonique.

J’ai choisi des producteurs différents déjà mais je savais qu’il y aurait principalement des cordes sur Sea. Je voulais qu’il n’y ait presque rien d’autre car j’estime que les cordes sont le procédé le plus judicieux pour articuler les mouvements de la mer, ceux qui sont tempêtueux ou ceux qui sont plus amples et enflés. En plus je crois qu’il n’y a pas mieux que les cordes pour communiquer de l’émotion. Elles frappent là où il faut comme aucune autre instrumentation ne le peut.

Et pour Land ?

J’ai pris un compositeur que j’adore, Joel Paskett. Il aime les meilleurs songwriters ayant jamais existé comme les Beatles par exemple et c’est un fana de guitares et de percussions. Je me souviens avoir beaucoup discuté avec lui et lui avoir dit de façon précise les couleurs que je voulais donner à l’album et où je souhaitais les placer par rapport à ce qui constituait le noyau central de mes textes.

Comment avez-vous travaillé les cordes alors sur Sea ?

Je suis allé voir un compositeur de musiques de films, Jonathan Glodsmith. Je lui ai indiqué ma démarche, lui ai parlé des livres que j’avais lus qui l’avait inspirée. Je lui ai raconté les mêmes choses qu’à Joel il a parfaitement compris et a écrit trois des arrangements d’ailleurs.

Il y a dessus beaucoup de références à la Musique Classique…

J’ai reçu une éducation allant dans ce sens mais je n’ai jamais voulu jouer la musique des autres. Mes héros ont toujours été Dvo?ák, Leonard Bernstein, Samuel Barber et Debussy.

Toujours à propos du « sequencing », Land s’achève sur « Society Song » et nous savons ce qu’est la société, (sourires) et Sea s’ouvre sur « Cosmic Ballet ». C’est presque antithétique.

C’est exact et c’était délibéré. « Society Song » a une atmosphère presque « live » ; il y a des choses très physiques dedans, des piétinements de pieds, des battements de mains, des gens qui crient, des corps qui manifestent leur présence. « Cosmic Ballet », au contraire, ouvre sur quelque chose qui balaie et se déroule avec grandeur. Il n’y a aucun langage dedans et il se passe beaucoup detemps avant que je ne commence à chanter. Je crois que cela me permet de réitérer ma thèse : cela était du domaine de la terre, ceci appartient à la mer.Et ainsi j’ouvre à cette toute nouvelle perspective. J’ai accompli trois ou quatre grands pas en arrière et maintenant nous regardons au travers de cette position plus avantageuse.

Diriez-vous qu’il y a, à certains moments, des éléments qui induisent au soulagement dans Sea ? Comme s’il marquait le dénouement d’un itinéraire spirituel…

J’espère que c’est la cas pour celui qui écoutera. De toutes manières je vois cet album comme un voyage spirituel en effet. Des gens m’ont dit que c’est uin disque triste…

C’est triste sans l’être, mélancolique plutôt.

Exactement, mélancolique, doux amer.Mais il y a toujours ce désir qui est presque un désir existentiel. La nostalgie du temps qui existait avant que notre conscience ne se fragmente. C’est pour cela qu’il y a un tel contraste entre les deux albums.

Vous mentionnez l’existentiel ; on a l’impression que des titres comme « You’re Not Alone » ou « The One True Love » sont plus que de simples cahnsons d’amour à cet égard.

C’est exact ; ça ne s’adresse pas à une personne particulière mais ça traite plus de la perte, de la solitude ou de l’état amoureux si on peut les qualifier ainsi. J’avais déjà évoqué des choses personnelles dans des albums précédents ; là ça ne me semblait pas l’endroit approprié. La musique est la carte qui indique ma progression spirituelle. J’ai eu une période d’exubérance, une autre de créativité à l’emporte-pièce, puis j’ai vu toutes les complications qu’entrainait l’attachement romantique avec ses descentes brutales dans la solitude que j’ai évoquées dans « Shadowland » sur The Baroness. Je crois que ça fait partiedes titres les plus brutaux que j’ai jamais écrits. Aujourd’hui j’ai une nouvelle appréhension du monde, sur le monde.

Dans l’écriture terrible que vous mentionnez, il y également pas mal de causticité si on écoute « Girls Hating Girls ».

C’est pour cela qu’il est sur Land. Ça fait allusion à toutes les embrouilles dans lesquelles nous tombons quand nous sommes dissociés de nous-même et que nous nous comparons aux autres. De là nait la jalousie, la cupidité…

La soif de pouvoir ?

N’est-ce pas la question absolue. Un de mes écrivains favoris, un Canadien nommé David Adams Richards, dit que le seul péché c’est de vouloir exercer du pouvoir à l’encontre d’un autre être humain. Je réfléchis beaucoup à ce que nous faisons en tant qu’espèce : est-ce que nous apprenons, est-ce que nous changeons positivement ? Il y a cet écrivain russe je crois qui a dit que la ligne entre le Bien le Mal ne passait pas par une ligne entre les pays ou les classes mais par une ligne à l’intérieur de chaque être humain. C’est pour cela que ce que nous avons à faire ne passe pas par de l’externe, empêcher un groupe ou un être humain de faire telle ou telle chose, mais par chacun d’entre nous et de façon régulière.

Si c’est le rôle que vous vous assignez en tant qu’artiste, comment ne pas être trop didactique ?

Très bonne question ! Je déteste tout ce qui est didactique. La théorie esthétique de James Joyce est que si n’importe quelle œuvre d’art essaie de vous attirer en elle ou de vous repousser c’est qu’elle est didactique ou pornographique. J’ai trouvé cette idée très intéressante : pour lui et aussi pour moi le vrai art est celui qui déclenche un arrêt, une pause esthétique semblable à la mémoire à laquelle Lévinas fait allusion quand il parle du visage. Une unité plus grande qui va transcender tous les moments de votre vie et qui va, précisément, faire que vous vous trouviez dans cet état où vous êtes interdit. C’est ce que j’essaie de faire et je crois que je vais passer une grande partie de ma vie à m’y efforcer. Il est déjà difficile de délivrer un message avec les mots, alors imaginez ce qu’il en est avec des concepts !

Land & Sea est délicat à catégoriser. Ce pourrait être deux albums, un double album, un « concept album » voire un double « concept album »…

Ou un chef d’oeuvre (Rires). Je le vois comme une seule œuvre. Quand j’ai commencé à composer, je me suis aperçu que les morceaux gravitaient autour de deux pôles. Ils avaient chacun des sensibilités très contrastées et j’ai souhaité que cet élan de créativité puisse s’épanouir. Ce faisant, j’ai très vite vu qu’il me serait impossible de mettre tout cela sur un seul album et que ces deux univers devaient être dissociés. Ainsi, en l’écoutant chacun pouvait choisir dans lequel il souhaitait entrer. Je crois que si j’avais mélangé des tires de Sea avec d’autres de Land, il y aurait un un décalage.

Quand vous parlez de deux univers, voulez-vous dire uniquement en terme de son ?

Ça englobait aussi les textes.C’est pour cette raison que la pochette double a été créée pour qu’elle évoque deux températures différents. Land est très physique, organique, chaud. Sea est intérieur, sombre et plus spirituel selon moi, il a ne concerne pas des choses spécifiques mais des questions plus larges, voire même éternelles.

Land démarre sur « Life » et englobe ces deux éléments que sont l’eau et le feu.

Tout à fait, mais l’image que j’en fais est qu’ils se mélangent l’un dans l’autre. La glace de nos souvenirs est fondu dans la chaleur que représente la Vie. C’était ma façon de planter le décor de Land. La chaleur représente lumière, énergie. J’adore ce poème de Dylan Thomas qui y fait référence en parlant d’une force qui fait pousser les fleurs. Je crois que la Terre (land) représente cette chose spectaculaire qu’on nomme la Vie. Cette vie organique est vouée à se perpétuer et je dirais que la Mer (sea) représente ces phénomènes plus grand que nous qui englobent toute Vie. Notre expérience de la vie fait de nous des êtres humains séparés, individuels mais, d’instinct, nous comprenons également que nous faisons partie d’un seul phénomène.

Le titre qui suit, « The Day We Saved The World », voulait-il signifier u’il y avait un fil thématique avec « Life » ?

Certainement et j’adore les questions comme ça !C’est le rêve d’un artiste qu’on l’on fasse attention à ce type de choses. Il y a une narration qui parcourt le disque et elle est là si vous voulez la trouver. Je comprends qu’on puisse me dire qu’on aime bien tel ou tel titre, qu’on en reste à un niveau de plaisir, mais si vous décidez d’investiguer vous trouverez bien plus de strates. C’est comme un roman en quelque sorte quand si vous souhaitez y trouver plusieurs sens…

Les personnages dont vous parlez, Napoléon par exemple, sont avant tout des stéréotypes en fait ; on pleure un tyran mais un autre va apparaître.

Exactement.

Ce qui est curieux est que vous parlez de sauver le monde, qu’un de vos titres s’appelle « Society Song » mais que la tyrannie aura toujours sa place.

La tyrannie est une chose naturelle. Il y a une phrase de la Bible qui dit qu’elle sera éternellement parmi nous. Je crois que si notre vie est celle d’êtres séparés, c’est pour être les témoins de ce qui ne va pas dans le monde et de se sentir investis du désir de l’améliorer. En même temps, l’Histoire de la Vie a toujours été construite de cette manière : quand nous faisons des progrès, d’autre problèmes surgissent. C’est donc un cycle sans fin selon moi ; la tête du serpent qui repousse dès que vous l’avez tranchée. Je crois qu’avec l’âge, j’essaie de me sentir en paix avec tout cela. Quand j’étais dans mes années 20, la tyrannie me mettait en rage, me déprimait et j’étais dans un désir maladif de tout chambouler. Aujourd’hui je me dis que cela fait partie du Grand Dessein et c’est ainsi que je parviens à trouver une espèce de paix en moi.

Dans la façon dont vous contemplez le « spectacle du monde », diriez-vous qu’il y a un élément d’ironie par rapport au narcissisme sur « Everybody’s on TV » ? Warhol parlait de nos « quinze minutes de gloire »…

Aujourd’hui ça n’est plus quinze mais juste une minute ! (Rires) C’est tout à fait exact, oui. Ça reste intégré dans le concept qui préside à Land. Une expérience spécifique à un moment donné, et les détails de cette expérience. C’est pour cela que, sur Sea, j’essaie d’allais au-delà de la frivolité de ce quotidien.

Le symbolisme est très chargé sur Sea, est-ce une chose à laquelle vous prêtez attention ?

L’eau est, en effet, un principe fondamental. J’ai vécu dans un monastère bouddhiste une dizaine de jours. Je me souviens avoir écouté ce moine qui faisait des interventions chaque jour et il parlait de l’océan. Il disait que c’était ce qui englobait tout. Il disait que les vagues qui étaient à sa surface représentaient nos consciences individuelles et qu’elles seraient toutes débordées par son immensité. Elles se sentiraient alors concernées par ces autres vagues, ou intimidées ou même en compétition avec elles. Elles se leurreraient en se focalisant sur ces émotions primaires et ne réaliseraient pas qu’elles passaient à côté du fait que ce sont toutes ces vagues qui constituent l’océan et qu’elles faisaient partie du Tout. Cette analogie ne m’a jamais quittée ; elle est très simple, presque enfantine mais elle est parlante. J’ai le sentiment que nous sommes emprisonnés à l’intérieur de notre propre individualité mais que nous sentons que nous sommes semblables aux autres et que nous ne pouvons pas ne pas être déconnectés d’eux. Il y a ce philosophe français, Emmanuel Lévinas…

Il a une théorie sur le visage…

Absolument. Et il parle de comment celui-ci nous sommes attirés par le visage car c’est là qu’il puise ses souvenirs. Et je pense que ces souvenirs sont la compréhension d’une unité qui préexistait et c’est à celle-ci que je m’adresse dans Sea.

Souvent l’eau est symbole d’apaisement ou de fécondité. Pourtant dans cet album vous évoquez Napoléon et vous avez des titres plus pernicieux comme « Attention Archers » ou « The Devil & The Dove » qui évoque le Feu et l’Air… Il y a quelque chose de cosmologique, non ?

Oui c’est vrai que je veux tous les intégrer. Je pense néanmoins que l’eau est l’élément fondamental qui a permis à la vie organique de se développer en conscience humaine. Nous sommes les témoins de cette chose étrange et si j’ai choisi l’eau c’est parce que c’est la genèse de la vie. Ça n’est pas pour rien que nous faisons une analogie avec la matrice.

Sur Land, il y a ce titre très enlevé, « Set It Free » et vous vous référez à la mer. Vous évoquez tous les soucis possibles et vous dites que vous les ferez disparaître en les jetant à la mer. C’est presque un avant-goût ou une anticipation de ce qui constituera Sea,

Absolument ! Bravo, Monsieur. (Rires)

Thématiquement il y a des passerelles entre Sea et Land, aussi comment avez-vous « su » dans quel album iraient tels ou tels morceaux ?

Il y a avait le son, bien sûr mais il y avait également la perspective dans laquelle je me situais au niveau des textes. C’était comme si il y avait deux personnalités : quand j’écrivais un titre qui allait finalement aboutir sur Sea, c’était comme si il s’agissait d’un point de vue différent. Un autre narrateur ayant une connaissance plus profonde ou quelqu’un issu d’un endroit à l’intérieur de moi. C’était comme un arôme, quelque chose d’aussi distinct que le sucré l’est du salé.

Ensuite est venue la césure sonique.

J’ai choisi des producteurs différents déjà mais je savais qu’il y aurait principalement des cordes sur Sea. Je voulais qu’il n’y ait presque rien d’autre car j’estime que les cordes sont le procédé le plus judicieux pour articuler les mouvements de la mer, ceux qui sont tempêtueux ou ceux qui sont plus amples et enflés. En plus je crois qu’il n’y a pas mieux que les cordes pour communiquer de l’émotion. Elles frappent là où il faut comme aucune autre instrumentation ne le peut.

Et pour Land ?

J’ai pris un compositeur que j’adore, Joel Paskett. Il aime les meilleurs songwriters ayant jamais existé comme les Beatles par exemple et c’est un fana de guitares et de percussions. Je me souviens avoir beaucoup discuté avec lui et lui avoir dit de façon précise les couleurs que je voulais donner à l’album et où je souhaitais les placer par rapport à ce qui constituait le noyau central de mes textes.

Comment avez-vous travaillé les cordes alors sur Sea ?

Je suis allé voir un compositeur de musiques de films, Jonathan Glodsmith. Je lui ai indiqué ma démarche, lui ai parlé des livres que j’avais lus qui l’avait inspirée. Je lui ai raconté les mêmes choses qu’à Joel il a parfaitement compris et a écrit trois des arrangements d’ailleurs.

Il y a dessus beaucoup de références à la Musique Classique…

J’ai reçu une éducation allant dans ce sens mais je n’ai jamais voulu jouer la musique des autres. Mes héros ont toujours été Dvo?ák, Leonard Bernstein, Samuel Barber et Debussy.

Toujours à propos du « sequencing », Land s’achève sur « Society Song » et nous savons ce qu’est la société, (sourires) et Sea s’ouvre sur « Cosmic Ballet ». C’est presque antithétique.

C’est exact et c’était délibéré. « Society Song » a une atmosphère presque « live » ; il y a des choses très physiques dedans, des piétinements de pieds, des battements de mains, des gens qui crient, des corps qui manifestent leur présence. « Cosmic Ballet », au contraire, ouvre sur quelque chose qui balaie et se déroule avec grandeur. Il n’y a aucun langage dedans et il se passe beaucoup detemps avant que je ne commence à chanter. Je crois que cela me permet de réitérer ma thèse : cela était du domaine de la terre, ceci appartient à la mer.Et ainsi j’ouvre à cette toute nouvelle perspective. J’ai accompli trois ou quatre grands pas en arrière et maintenant nous regardons au travers de cette position plus avantageuse.

Diriez-vous qu’il y a, à certains moments, des éléments qui induisent au soulagement dans Sea ? Comme s’il marquait le dénouement d’un itinéraire spirituel…

J’espère que c’est la cas pour celui qui écoutera. De toutes manières je vois cet album comme un voyage spirituel en effet. Des gens m’ont dit que c’est uin disque triste…

C’est triste sans l’être, mélancolique plutôt.

Exactement, mélancolique, doux amer.Mais il y a toujours ce désir qui est presque un désir existentiel. La nostalgie du temps qui existait avant que notre conscience ne se fragmente. C’est pour cela qu’il y a un tel contraste entre les deux albums.

Vous mentionnez l’existentiel ; on a l’impression que des titres comme « You’re Not Alone » ou « The One True Love » sont plus que de simples cahnsons d’amour à cet égard.

C’est exact ; ça ne s’adresse pas à une personne particulière mais ça traite plus de la perte, de la solitude ou de l’état amoureux si on peut les qualifier ainsi. J’avais déjà évoqué des choses personnelles dans des albums précédents ; là ça ne me semblait pas l’endroit approprié. La musique est la carte qui indique ma progression spirituelle. J’ai eu une période d’exubérance, une autre de créativité à l’emporte-pièce, puis j’ai vu toutes les complications qu’entrainait l’attachement romantique avec ses descentes brutales dans la solitude que j’ai évoquées dans « Shadowland » sur The Baroness. Je crois que ça fait partiedes titres les plus brutaux que j’ai jamais écrits. Aujourd’hui j’ai une nouvelle appréhension du monde, sur le monde.

Dans l’écriture terrible que vous mentionnez, il y également pas mal de causticité si on écoute « Girls Hating Girls ».

C’est pour cela qu’il est sur Land. Ça fait allusion à toutes les embrouilles dans lesquelles nous tombons quand nous sommes dissociés de nous-même et que nous nous comparons aux autres. De là nait la jalousie, la cupidité…

La soif de pouvoir ?

N’est-ce pas la question absolue. Un de mes écrivains favoris, un Canadien nommé David Adams Richards, dit que le seul péché c’est de vouloir exercer du pouvoir à l’encontre d’un autre être humain. Je réfléchis beaucoup à ce que nous faisons en tant qu’espèce : est-ce que nous apprenons, est-ce que nous changeons positivement ? Il y a cet écrivain russe je crois qui a dit que la ligne entre le Bien le Mal ne passait pas par une ligne entre les pays ou les classes mais par une ligne à l’intérieur de chaque être humain. C’est pour cela que ce que nous avons à faire ne passe pas par de l’externe, empêcher un groupe ou un être humain de faire telle ou telle chose, mais par chacun d’entre nous et de façon régulière.

Si c’est le rôle que vous vous assignez en tant qu’artiste, comment ne pas être trop didactique ?

Très bonne question ! Je déteste tout ce qui est didactique. La théorie esthétique de James Joyce est que si n’importe quelle œuvre d’art essaie de vous attirer en elle ou de vous repousser c’est qu’elle est didactique ou pornographique. J’ai trouvé cette idée très intéressante : pour lui et aussi pour moi le vrai art est celui qui déclenche un arrêt, une pause esthétique semblable à la mémoire à laquelle Lévinas fait allusion quand il parle du visage. Une unité plus grande qui va transcender tous les moments de votre vie et qui va, précisément, faire que vous vous trouviez dans cet état où vous êtes interdit. C’est ce que j’essaie de faire et je crois que je vais passer une grande partie de ma vie à m’y efforcer. Il est déjà difficile de délivrer un message avec les mots, alors imaginez ce qu’il en est avec des concepts !”

Interview de Sarah Slean: Le Jeu des Élements.
Janvier 30 2013

“Par Ariane Aubert Bonn

Le 5 mars, en première partie du spectacle d’Ian Kelly donné à Chandler, l’artiste
ontarienne Sarah Slean a séduit un public qui ne la connaissait pas du tout.

Une beauté rare à la voix cristalline et au charme fou, il n’en fallait pas tant pour que
Chandler tombe amoureux de cette artiste à la fois créative et charismatique.

L’univers de Sarah
La courte prestation de Sarah Slean a fait voyager le spectateurs dans son univers personnel. De la Californie à Paris en passant par chez sa grandmère, c’est avec émotion, tendresse et sincérité que l’artiste amène son public dans son monde en
lui faisant vivre ses amours, ses réflexions, ses émerveillements. Il s’agissait là d’une mise en scène très habitée pour situer les chansons. Charmeuse, voire coquine, c’est avec tendresse ainsi qu’un bel accent anglais qu’elle parlait de son public de Chandler comme de ses amis après quelques chansons.

Magie
D’une harmonie parfaite, ses compositions ainsi que sa voix s’écoutent sans effort et laissent croire à une magie qui transparait jusque dans les yeux de l’artiste. Elle a d’ailleurs conquis Ian Kelly qui a affirmé « se cacher dans les loges pour écouter ses chansons. »

Deux rythmes
Lors de sa prestation en première partie, Sarah Slean était seule au piano. Elle est ensuite revenue sur scène à la fin du spectacle d’Ian Kelly (lequel ne tarissait pas d’éloges à son égard) pour donner un dynamisme à quelques chansons accompagnée du groupe de musiciens. Cette découverte musicale ontarienne a visiblement charmé le public de Chandler, lequel l’a chaudement applaudie lors de ses deux passages sur scène.”

Le Havre - Sarah Slean: douce découverte
Mars 14 2012

“Sarah Slean se permet une visite impromptue au Québec avec un récital piano-voix en première partie de Ian Kelly. Un contexte judicieux pour s’initier à son nouvel album Land & Sea et ainsi renouer avec cette artiste en quête d’absolu.
Avec Sarah Slean, les citations se bousculent en entrevue. De Heidegger à Maria Rilke, l’auteure-compositrice-interprète prend un plaisir fou à partager avec nous ces lectures qui semblent accompagner une démarche artistique qu’elle essaie de renouveler. Tentons d’illustrer cette évolution et comparons l’album The Baroness (sorti en 2008) à son dernier opus, un album double ambitieux intitulé Land & Sea. “Là, tu viens de mettre le doigt sur un tournant dans ma vie! Après The Baroness, j’avais l’impression que je venais d’écrire un livre. C’était le dernier chapitre et je passais à autre chose.”
“Rainer Maria Rilke a écrit quelque chose de merveilleux qui résume bien ce qu’est l’existence: “Tu apprends à aimer les questions”, ajoute-t-elle. Depuis le début de ma carrière, mon travail a été la conséquence directe de toutes les questions que je me posais au quotidien. Je voulais tout résoudre! Non seulement les “grandes questions”, mais je devais assouvir tous les désirs qui m’animaient. Comme si cette quête de l’absolu pouvait se terminer un jour… Ce n’est jamais fini. L’univers ne cesse de tourner, tout change et se transforme. C’est ce que j’apprivoise avec un peu plus de sagesse. Disons que je compose maintenant avec une maturité que je n’avais pas dans la vingtaine. C’est plus facile."
Pas toujours évident d’être une artiste lorsqu’on se déchire intérieurement avec de grandes questions existentielles. C’est pourtant la nature de Sarah Slean, passionnée de philosophie à ses heures qui, malgré le succès qu’a connu Night Bugs au début des années 2000, n’a pu se limiter à jouer dans un créneau commercial précis. Après avoir honoré son contrat avec la multinationale Warner Music avec The Baroness, elle plongeait à pieds joints dans une aventure musicale presque classique avec l’Art Time Ensemble et concoctait ce qui allait devenir Land & Sea. “Rien ne pouvait m’empêcher de faire cet album double. J’étais devant deux oeuvres diamétralement opposées, c’était impossible de choisir. J’ai déjà essayé de conjuguer des esthétiques musicales différentes sur un même album, mais là je ne pouvais pas. L’esprit qui anime cette écriture et ces compositions, tout se divisait en deux tableaux distincts. Avec Land, tu seras interpelé dès le départ; le message est clair, parfois même politique. Avec Sea, l’intention est tout autre.”
En effet, Sea dévoile une musicienne accomplie qui s’amuse avec des arrangements élaborés et dont la voix (puissante) joue avec le lyrique. Un risque commercial en soi vu le caractère artistique de l’oeuvre, qui n’est pas près de faire les palmarès. Un fait qui ne dérange pas trop Sarah Slean, qui se concentre sur ses acquis au pays. “Je ne suis pas nostalgique, mais c’est sûr qu’il y a énormément de merde à la radio. De la médiocrité pure et simple. Et il y a aussi ce volume impressionnant de nouveaux artistes… On pourrait rêver d’être à une autre époque et se dire que c’était ça, l’âge d’or de la musique. Mais ça ne sert à rien. Je me considère plutôt chanceuse de pouvoir faire ce métier et surtout d’avoir les arts comme compagnons de route!””

Voir - La quête des arts
Février 18 2012

“Par Jean-Francois Tremblay

Sarah Slean, enchanteresse:
La chanteuse Sarah Slean, seule au piano, a présenté en début de soirée quelques pièces offrant un bon survol de ses quinze années de carrière. Sans la moindre fausse note et avec énormément d’humour, la jeune femme de 34 ans a su charmer le public montréalais grâce à sa simplicité et l’exquise beauté de sa musique.”

Sors-Tu - Critique concert: Ian Kelly et Sarah Slean à Montréal
Février 05 2012

“Par Ugo Giguère

Les fans de Ian Kelly ont hâte de voir leur favori sur la scène du Palace dimanche soir 5 février, mais il se pourrait bien que le clou de la soirée ait lieu en première partie! Mélomanes avertis, préparez-vous à être charmés par une artiste hors du commun : Sarah Slean.

Très discrète sur la scène québécoise, Sarah Slean parcourt le Canada depuis une douzaine d’années déjà. L’Ontarienne compte 12 albums distribués à travers le monde, plusieurs nominations aux Juno et jouit d’un capital d’estime plutôt élevé chez la critique.

«C’est bizarre le Canada, il y a deux mondes très différents», convient l’auteure-compositrice-interprète en entrevue téléphonique. Elle en a constaté l’ampleur l’été dernier alors qu’elle a habité Montréal pendant un mois. «C’est un autre monde et c’est un peu triste parce qu’on est tous Canadiens», souligne-t-elle en rêvant d’une meilleure ouverture entre les deux cultures.

Sarah Slean avoue aussi ouvertement aspirer à conquérir le Québec qu’elle considère plus exigeant en matière de culture et plus ouvert à l’art. Très attirée par la culture française et québécoise, elle s’est mise au français qu’elle maîtrise déjà bien. Dotée d’une voix remarquable, elle est de cette race d’artistes sans compromis, dédiés à une cause au-delà de toutes concessions.

Son plus récent album, un projet double intitulé Land & Sea, a reçu les éloges d’une majorité de grands quotidiens tant à Toronto qu’à Montréal. Sur le disque Land, on retrouve des pièces pop entraînantes empruntant parfois une tendance jazz, d’autres fois plus rock, du pur plaisir.

On découvre cependant toute l’ampleur et la profondeur du talent de Sarah Slean sur le disque Sea. Son ode à la mer est grandiose dans ses arrangements de cordes pour orchestre. La voix lyrique, touchante, sans faille a de quoi faire fondre les pires cœurs de pierre.

Février au Québec
Tout le mois de février, la jeune femme trimballe sa valise et son piano à travers la Belle province. C’est un autre artiste à l’indépendance jalouse qui lui offre la tribune de sa première partie, soit Ian Kelly bien sûr.

«Il a vu mon spectacle à Montréal, il connaît ma musique, il a acheté l’album et aime beaucoup ce que je fais, alors il m’a demandé de faire un échange», raconte celle qui a fait la même chose avec Jorane en 2005. Une occasion qui lui a permis de visiter Chicoutimi et Rimouski. «Une expérience merveilleuse», se souvient-elle.

Beau défi pour une artiste établie : conquérir un nouveau public en 30 minutes, chaque soir. «C’est toujours un challenge», admet Sarah. «C’est très court, je dois faire mes meilleures chansons et je dois le faire avec un piano seulement. J’essaie de créer des arrangements intéressants».

Reste qu’il est difficile de rendre justice à de grandes pièces orchestrales seule au piano. Une frustration que l’artiste dit avoir apprivoisée. «C’est un autre monde de la vie d’artiste, il faut comprendre ça», dit-elle.

Si vous n’avez pas déjà votre billet pour Ian Kelly, allez-y pour Sarah Slean, vous ne serez sans doute pas déçus.

Pour vous faire l’oreille: www.sarahslean.com”

Granby Enregion - Sarah Slean enchante les Québécois
Janvier 31 2012

“Par Régine Hervy

Sarah Slean : Auteur-compositeur/interprète – Toronto

Dés le tout début de mes recherches sur les artistes canadiens j’ai pris l’habitude de me servir des ressources disponibles sur Internet et me sers de sites comme lastfm pour découvrir les artistes similaires à ceux que j’ai déjà repérés et de myspace pour l’écoute de la musique.

J’avais déjà passé un bon moment à écouter divers artistes en surfant de page en page sur ces sites quand soudain mon attention s’est arrêtée sur la page de cette chanteuse à la voix eurythmique et aux mélodies harmonieuses. J’ai stoppé mes recherches pour n’écouter plus que ces chansons que je passais et repassais en boucle toutes la soirée.

Deux fois nominée pour les Juno et trois fois pour les Gemini Award, Sarah Slean, incarne un style bien à elle.

Outre ses talents musicaux, Sarah est aussi une photographe et une peintre accomplie.

A l’âge de 19 ans, elle enregistre son premier album «Universe», suivi depuis par plusieurs albums, notamment Blue Parade (1998), Night Bugs (2002), et Day One (2004).

Night Bugs sera son premier album enregistré avec un label major. Co-produit par Slean et Hawksley Workman, le disque a été distribué par WEA au Canada et Atlantic Records aux États-Unis. Pour cet album Sarah a puise son inspiration dans la musique de cabaret.

Virtuose pianiste classique, Sarah a maintenu des liens avec ses racines classiques et universitaires. Elle continue de collaborer avec plusieurs des meilleurs ensembles et orchestres du Canada.
Sans doute l’aspect qui fait de Sarah une artiste à part, c’est l’ampleur de son champs d’action. En Decembre 2004, elle a joué dans la comédie musicale Black Widow au côtés de Black Widow. En février 2006 elle a inauguré sa première exposition d’œuvres d’art originales accompagnée par la sortie de son premier recueil de poésie, Ravens.

2008 a vu la sortie de son cinquième album, The Baroness. L’album dévoile un des ses plus honnêtes, touchants et magiques travail d’écriture à ce jour. The Baroness sera suivi en Decembre 2008 de la sortie de son deuxième maxi single The Baroness Redecorates.

Je n’ai malheureusement pas eu la chance de voir Sarah Slean en Concert, elle ne se produit que trop rarement sur les scènes de Toronto. Elle n’est revenue à Toronto pour ses concerts annuels de Noël, les 18 et 19 décembre deniers mais un problème de sante m’a empêché d’y assister. Cela dit je compte bien être présente pour le concert de Noël 2010 !

Je viens juste de découvrir qu’elle avait été invitée de l’émission Taratata. Comment la France ne lui a pas ouvert plus grands les bras après ça ? Je ne comprends pas ! Sans doute n’était-est-ce pas le bon moment ! Alors maintenant, peuple de France, il est tant de te nettoyer les oreilles car ce qui suit mérite ton attention !

Canada Live Music - Mes hommages Mme la Baronne Sarah Slean !
Janvier 18 2012

“Par Jean-François Tremblay

Critique Ne faisant jamais rien comme les autres, l’auteure-compositrice-interprète canadienne Sarah Slean s’est offert, pour son sixième album en carrière, le luxe d’un album double, dans une ère où le cd et l’album en tant que tel perdent du terrain au profit du « single » sur support numérique.
Deux disques, donc, l’un intitulé Land et l’autre Sea. Deux albums distincts, totalement différents en termes d’humeur et de style. Land est très pop, optimiste, rythmé, tandis que Sea est orchestral, sensible et lent. Deux facettes de Sarah Slean, le côté givré et celui plus sérieux, que nous découvrons avec plaisir tout au long de cet album riche et dense.
Land
L’album oscille entre deux thématiques principales : la beauté du monde et de la vie, et la critique sociale. La première est exprimée clairement dans la pièce d’ouverture (Life) et abordée à nouveau, à différents degrés, sur les chansons The Day We Saved The World, Set It Free et New Pair of Eyes.
Sarah Slean prouve que le bonheur peut autant servir à créer que la douleur, car elle nous propose de très jolies chansons, puissantes, sur lesquelles elle se sert adroitement de sa voix. Celle-ci, d’ailleurs, n’a jamais été aussi magnifique que sur ce double album. Slean fait preuve d’un contrôle vocal impressionnant, faisant usage de la totalité de son registre. La chanteuse double et triple sa voix pour créer de sublimes harmonies qui agrémentent les chansons.
La musique demeure dans le style auquel Sarah Slean nous a habitués: un rock léger et entraînant, agrémenté de piano, d’orgue, de wurlitzer et même d’un clavicorde sur la pièce Girls Hating Girls (où l’on retrouve également un subtil solo de guitare et des cuivres).
Les textes sont inventifs et très bien écrits, passant du bonheur naïf et la spiritualité (Amen, I Am A Light) à la critique sociale incisive, en particulier sur Everybody’s On TV, où la chanteuse
demande : « Who needs a life to lead, when you can watch it all for free? »

Sea
Le deuxième disque est totalement différent du premier. Laissant de côté ses musiciens rock, la chanteuse fait appel ici au Art of Time Ensemble, avec lequel elle a enregistré son album précédent, Black Flowers.
Sous la direction de Marie Bérard, l’ensemble nous transporte complètement ailleurs musicalement. Les chansons sont grandiloquentes, épiques et plus longues aussi. Les textes de Sarah Slean portent sur des thèmes plus éloignés du quotidien, plus universels et intemporels.
Il est souvent question de la mer (d’où le titre de l’album), à travers différents sujets, tels que la mort (Attention Archers), la solitude (You’re Not Alone), l’amour (The One True Love), tous traités avec beaucoup d’originalité et de sensibilité.
La musique, sublime, respire et offre beaucoup d’espace à la voix angélique de Sarah Slean.
Ce disque offre à l’auditeur une tout autre expérience que le précédent. Ce sont véritablement deux albums distincts que Sarah Slean nous offre ici, pour deux différentes humeurs, pour deux ambiances opposées.
Le tout est tout à fait ensorcelant. Il faut plusieurs écoutes pour percevoir toutes les subtilités de ce double album dense, rempli de chansons plus magnifiques les unes que les autres. Il va sans dire qu’il s’agît là de l’œuvre la plus accomplie de Sarah Slean.
Celle qui surprend toujours à chaque album, qui prend plaisir à aller à contre-courant, nous offre avec Land & Sea une œuvre mature, qui prend son temps à se révéler, au contraire des produits vite consommés qui inondent le marché de la musique. Deux facettes différentes, mais complémentaires de la même jeune femme, d’une artiste qui possède son propre langage et qui a définitivement quelque chose à dire.”

Sors-tu Critique album: Sarah Slean – Land & Sea
Octobre 11 2011
presse - anglais
Content_bottom
Close Launch_video_player